Ombre monde

NOTE DE LECTURE sur Ombre monde par Marie GINET (parue dans la revue numérique Terre de femmes, menée par Angèle Paoli – janvier 2016)

[QU’EST-CE QU’ÊTRE EN VIE ?]

J’ai acheté Ombre monde l’été dernier à Sète, mais j’ai tardé à m’y plonger parce que la quatrième de couverture m’avait fait un peu peur :

« En février 2011, mon père a eu un accident vasculaire qui l’a laissé paralysé et aphasique pendant quatorze mois jusqu’à sa mort […] nous l’avons accompagné en soins palliatifs à domicile […]. Durant tous ces mois j’ai écrit des poèmes qui sont devenus ce recueil. »

Il y a tant de raisons d’être triste en ce monde constellé d’injustices et de perte, fallait-il en rajouter ? Je suis donc entrée dans ce recueil avec méfiance, à petits coups de pages feuilletées, d’abord rassurée de n’être pas plombée, puis de plus en plus présente aux mots. J’en suis devenue lectrice réelle et attentive, prenant le temps de lire et de relire, de poser le livre, d’en recevoir l’écho : de pauser, de penser, revenir.

Quand je me promène dans les jardins noirs
je ne sais comment passent les chemins
les maisons s’appuient sur leur toit
pourquoi les impasses ont fermé leurs entrées
si la lumière au loin mène au lac ou se brise
ni quand les verticales s’arrondiront.

Ombre monde ouvre des questions à la fois connues et inconnues. Comment peut-on aimer son père ainsi ?

« Je tombe où il trébuche ».

J’ai pensé au recueil de Sophie G. Lucas : Nègre blanche, et je l’ai relu. Elle aussi raconte comment elle a veillé son père dans ses dernières semaines de cancer, elle dit le fil de rancœurs et de haine les ligotant l’un à l’autre, les laissant incapables de communiquer. Ici, dans Ombre monde, malgré l’aphasie du père,

Il y a dans sa bouche
de petits blocs cassés entre les dents
qu’il ne peut dire ni déglutir
des bégaiements des bris,

il m’est apparu que le lien entre Roselyne Sibille et son père restait possible et lumineux. Inlassablement revient le mouvement de la main qui touche :

On sait pourtant
par en dedans
qu’il faut monter
ou descendre le long de ta main
très soigneusement et lentement
apaiser ton corps

Quel choix, quel geste feriez-vous face au père mourant ? Ce n’est là que l’une des innombrables questions que pose Ombre monde aux lecteurs :

«Faut-il que je devienne sable ?»

«Que deviennent les mots perdus ?»

« Quand l’ombre se tend vers la fumée
offre-elle
des ailes
au vide ? »

« En mâchant l’interrogation majuscule
on peignera peut-être sur les vagues
On essaiera ».

Elle essaie en effet, faisant naître des fragments de beauté. « L’autre moitié de l’ombre est granulée de neige bleue », malgré la présence de la peur. « La peur se balance à l’intérieur ». Avec l’injonction qu’on adresse aux enfants, aux aimé-e-s : « N’aie pas peur ».

Ombre monde pose à chaque lecteur et chaque lectrice une question fondamentale : Qu’est-ce qu’être en vie ? Non dans l’agitation, les gloires et déboires sociaux, les distractions, les cache-peurs, les blablas, mais dans la nudité même.

Ombre monde est un livre métaphysique même si — et peut-être aussi parce que — le corps y est éminemment présent, fragile et mis en suspension. Ce n’est donc pas une publicité mensongère que de prétendre que ce recueil est porté par ce que Roberto Juarroz nommait la verticalité de la transcendance. Mais on y trouve aussi chair et réel, révolte de l’esprit qui aime. Et c’est cette proximité d’humanité qui émeut le lecteur.

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NOTE DE LECTURE sur Ombre monde par Sabine HUYNH (parue dans la revue papier « Phoenix » N°19 – automne 2015)

La note de lecture sur Ombre monde sur le blog de Sabine Huynh (« Presque dire »)

ou ci-dessous :

Peut-on écrire sur autre chose que l’amour, le temps et la mort ? La mort est-elle toujours l’aboutissement des deux autres ? Le père de la poète Roselyne Sibille, auteure du recueil Ombre monde, s’est éteint. Elle l’a accompagné durant les mois pénibles du délitement de son corps, et elle nous laisse entrevoir dans des poèmes concis et denses la réalité quotidienne de l’affaiblissement de cet homme aimé. Il a été un « Homme-arbre », pas un arbre d’une essence d’ombre, non, mais un homme-phare qui a défié l’Ombre et projeté ses ombres sur le monde : celle, protectrice et bienfaisante, de père, mais aussi celle de son déclin, même s’il s’est peu à peu effacé… non pas dans l’ombre mais dans la lumière que sa présence aimante a laissée : « un grand oiseau blanc », envolé. Tout comme L’Appel muet (éditions La Porte, 2012), qui s’interrogeait sur la possibilité d’écrire sur et après les ravages de la perte –aux fruits d’absence, blancs, noirs, sans mots –, Ombre monde est un livre qui scrute également l’aphasie, la profondeur de l’océan sans berges des mots perdus, bouteilles à la mer à jamais hors de portée. « Les mots / noyés dans le plomb / fracassés / s’agrippent / cherchent pays », « il est tombé dans la gorge où disparaissent les mots », « le mystère vibrant au liseré des lèvres », « les mots évaporés », « chaos de sens ». De la bouche du malade ne sort plus qu’un souffle nu (ténu, inconnu, dénué de paroles) : « vertige noir », « vertige nu », « seul le regard maintient le lien ». « Il essaie / mots réticents / fracturés / interlocutés » ; alors qu’en face, obstinément, la poète écoute « la parole de la main », tâtonne, « tombe où il trébuche », regarde, cherche. Et comme dans L’Appel muet, l’écriture, « dans les interstices / du silence », est le dernier recours, la dernière parcelle recélant l’humanité, sa flamme inextinguible. « Je t’écris de l’autre côté de l’ombre / Je t’écris pour ne pas disparaître / pour que les mots me révèlent / pour que tu entendes plus que le vide », insiste Roselyne Sibille. Le poète argentin Roberto Juarroz, qui lui aussi lisait le silence qui reste entre les mots (« El silencio que queda entre dos palabras »), et que Roselyne Sibille convoque à la fois en exergue et en clôture du recueil, l’accompagne de sa poésie verticale – cartographie de la lumière pour une poète qui ressent le besoin de « deux Nord pour sa boussole » – sur ce chemin escarpé de nuit et de tristesse où règnent serpents, « corbeaux aux yeux glacés », chevaux fous, « loups et chiens stridents », cormorans qui dépècent la voix égarée du père. Roselyne Sibille est autant que son aîné Juarroz une poète de l’instant, de la cristallisation verbale du moment et de son prolongement indéfini, pour contredire le temps. Resserrée jusqu’à l’os, sa parole est contenue, dans l’ascèse d’une poésie tendre et lucide, grave et diaphane, qui compose avec ce qui reste de lumière sur le versant ombragé de la montagne à gravir, versant qui serait invisible sans la lumière de la mémoire qui l’éclaire. La poète habite à présent deux ombres dont elle « cherche le nom ». Malgré l’irrévocable, il subsiste dans sa poésie le désir de transformer ce qui intercepte la lumière en lumière, car comment vivre sans ? « On appelle lumière / chaque frémissement » : aussi mince soit-il, l’espoir luit jusqu’au bout, alors même que les feuilles sont tombées dans le silence, les oiseaux dans l’invisible, et les lueurs dans l’obscurité. « Il me faudra écrire » : cette certitude donne à la poète la force de faire sursauter l’ombre. Alors que celle-ci, mortifère, agrippe son père et que sur sa tête « la lune / frappe », elle la « dévisse et la met dans sa poche », pour s’armer contre le chant ténébreux qui enfle, les menaçant elle et lui. Elle trace au sol, autour de son corps, un cercle lumineux protecteur, dans lequel elle saute et tournoie, en réponse à l’immobilité qui enserre le corps de son père. « Je prends la phrase sur un bâton / la regarde se tordre / et noire s’enrouler / Je la jette au loin / et nous partons marcher vers les étoiles / ma petite main dans la sienne » : la force irradie du lien essentiel entre l’enfant et le parent, elle procure paix et joie intérieure bienfaisante. « Je frissonne et je cherche la main d’un enfant » : le monde de lumière qu’est l’enfant ne naît-il pas au cœur de l’ombre du ventre de sa mère ? Ainsi l’ombre n’est pas tout à fait sombre, l’être aimé n’est pas tout à fait absent, la mort ne sépare pas, et c’est sur des mots sereins que se referme Ombre monde, émouvant et puissant (p)acte d’amour : « Les étoiles pétillaient / c’était une belle nuit pour mourir ».

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NOTE DE LECTURE sur Ombre monde par Thierry GILLYBOEUF dans sa chronique Poésie publiée dans le journal papier Hippocampe (été 2015)

Comment concevoir l’ombre de la nuit ?

Ombre monde est un livre de cendres où couve une flamme vive. Nés de l’accident vasculaire cérébral qui a frappé le père de l’auteur, ces poèmes en accompagnent la fin, témoignent de l’ombre qui gagne. Georges Perros disait qu’il vient un âge où l’on devient les parents de ses parents. C’est ce rapport filial inversé, où la fille devient la mère de son père aimé, que nous donne à voir et à toucher ce recueil. Le tour de force de ces textes est d’éviter l’écueil du pathos, d’une sensiblerie qui détournerait de la sensibilité. Car l’ombre n’est pas obscurité et Roselyne Sibille continue de chercher dans les interstices, dans « l’échancrure de la lumière » la plénitude de ce lien privilégié – comme le chante Leonard Cohen : « There’s a crack in everything, that’s how the light gets in ». Quand la parole se dérobe, que le silence s’instaure, la poésie devient langage funambule.

Rassemble les coins de la nappe
Ne regarde pas fixement

La fumée est trop peu sûre
Le sol égare ce qu’il ne comprend pas

Envoie tes doigts dans l’eau
Elle les emporte vers la lumière

Livre de l’accompagnement plus que de la séparation, Ombre monde contourne l’immobilité du corps et de la mémoire du père pour franchir avec lui l’« invisible frontière » de ce lien que rien ne rompt.

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NOTE de LECTURE sur Ombre monde par Estelle Fenzy (parue dans la revue Europe n°1081 – mars 2015)

Garder le lien, rétablir la communication « par delà les mots », tendre des ponts sur le vide de la voix, tels sont les murs porteurs du recueil sensible de Roselyne Sibille : Ombre Monde.

A l’opposé de la quatrième de couverture exposant dans une langue clinique, sans détours, la maladie de son père, socle de son travail, l’auteure va subtilement tisser dans son livre le nouveau fil qui l’unit à lui durant ces longs mois d’accompagnement, lui l’homme lumière, l’ « homme-arbre » majestueux et fier, tout à coup cloué, incarcéré dans son corps et son silence : « J’écoute sa pupille/là où il est vivant/seul serré au milieu de ses mots / comprimé / emprisonné au milieu de ses mots ».

Comment faire voyager, transporter ce que la maladie a décidé de figer ? Roselyne Sibille s’emploie à utiliser les mots comme portes vers ailleurs, s’adressant souvent directement à son père : « Dire ocre pour que tu voies dehors ». Les mots de la bouche, puis ceux des yeux. A reconstruire malgré le langage impossible la communication : « Toutes les lettres sont compactées au centre de son regard ». Aux « barbelés dans » la « bouche » où « les mots se crispent, cherchent un passage », l’auteure oppose la vastitude du regard paternel qui a « trouvé/la limpidité des lacs chiliens/La douceur d’une aurore nue après la nuit d’orage. »

Une démarche de courage et d’accompagnement non exempte de douleur, car au fond « Rien ne vaut ta voix ». Mais souffrance contenue, dominée par l’amour et le besoin de rassurer presque maternel : « N’aie pas peur, je me tiens avec toi », dépassée par la lutte constante contre la solitude forcée du corps paralysé, la recherche de la compréhension malgré l’absence de langage : « Dans l’infini du geste/ce qui se cherche/s’inscrit entre cage et fleurs/Les mots seraient le contour », ou encore « Que deviennent les mots perdus (…) On ne peut plus les comprendre ».

Dans son être avec, être pour, Roselyne Sibille aussi apprend à se détacher des mots et des regards pour une autre langue : chemins, galets, rivières, branches se font l’écho de la voix perdue du père. Plus cette voix se désarticule, plus sa présence remplit l’espace, tous les espaces d’une nature vivante et épousée avec plénitude, laquelle est ramenée doucement au chevet du malade : « Ta langue disparue/se grave lentement/sur les galets roulés dans les torrents ».

Nature chère à l’auteure, clémente dans l’ultime, illuminant le départ avec sérénité. Car jamais le texte ne sombre dans la facilité du pathétique. Au contraire, il est plein de l’espoir du possible comme objet de combat, de la recherche de l’échange en dépit du silence et de l’immobilité. Parcours riche et profond, vécu avec une générosité et un amour tels que les derniers vers bouleversants : « Les étoiles pétillaient/c’était une belle nuit pour mourir » laissent le lecteur ému et heureux.


NOTE de LECTURE sur Ombre monde par André Paillaugue (parue dans la revue numérique Eclairs Aquitaine – octobre 2014)

Roselyne Sibille, quant à elle, publie Ombre monde, long poème dont le 4e de couverture fournit la clé : « En février 2011, mon père a eu un accident vasculaire cérébral qui l’a laissé paralysé et aphasique pendant quatorze mois »… Au jour le jour, la poétesse aux aguets consigne ses constats, ses pensées, ses interrogations et ses attentes face à cette vie en sursis de l’être cher. Les métaphores inspirées par l’impossible retour au langage, à la communication, à la conscience habituelle de la vie, sont d’une justesse pathétique, et non moins légères et élégantes. Elles le sont à un point tel qu’elles suggèrent la possibilité d’un référent plus vaste et grave encore que celui de la situation explicitement signalée comme source du poème.

Note de lecture d’André Paillaugue dans la revue numérique Eclairs Aquitaine


NOTE DE LECTURE sur Ombre monde par Mireille Disdero (parues dans la revue Sist’oeurs puis dans la revue Terre à ciel – septembre 2014)

OMBRE MONDE, OU LA FORCE ESSENTIELLE DU LIEN

Le nouveau recueil poétique de Roselyne Sibille vient de sortir aux éditions Moires. L’auteur nous y emporte à travers 90 poèmes qui, agrippant l’ombre et le silence, montent comme la sève vers la lumière et la floraison.

La découverte de ce livre n’est pas anodine, en parler non plus. Sa genèse, d’abord. Dans le texte de quatrième de couverture, l’auteur explique que son père a eu un accident vasculaire cérébral qui l’a laissé paralysé et aphasique pendant quatorze mois, jusqu’à sa mort en avril 2012. Durant le temps où elle l’a soigné, pendant qu’elle a vécu cette relation extraordinaire avec lui, par-delà les mots, elle a écrit Ombre monde. Dans ce livre de cendres, ses poèmes sont des témoins au fil des jours. Ce n’est pas un hasard si le poète argentin Roberto Juarroz, « La poésie est un sable », « La lumière est le souvenir de l’ombre… » ouvre et referme le recueil. Par la lumière, l’ombre se projette sur le mur et par le silence, on accède au verbe, à l’essentiel au-delà des mots. Ombre monde nous « travaille », nous amène aux questions essentielles. Qu’est-ce que le lien ? Que devient-il quand il faut se passer des mots ? Et Que deviennent les mots perdus ?

Pendant les mois qui ont précédé la mort de son père, l’Homme-arbre, au fil des jours Roselyne Sibille a comblé l’absence par la poésie et la quête de l’indestructible dans tout lien. Comme un mineur de fond, elle a creusé la page et fouillé l’ombre pour en extraire des pépites de lumière. Il y a toujours deux rives à la lumière. Dans ses poèmes, son écriture n’est pas seulement belle, dans l’échancrure de la lumière. Elle est surtout proche du noyau, sans mot inutile ou redondant. Elle pratique parfois la rupture syntaxique : Déposer fissures ruptures fêlures ou, au contraire, reconstruit le texte en lui offrant un futur :

J’arracherai un bout de bâche
pour te rendre un peu de ciel
Sur les murs je placarderai la lumière
Je rattraperai les chevaux que le vent t’a volés
Je ne demanderai les clés à personne
Je viderai la mer pour te donner un sol
Dans les flaques je repêcherai tes yeux
Je jetterai au loin la hache des jours
Le futur t’attend sous la marche
pour te guider quand tu passeras

Parfois, ses poèmes osent la tendresse, la fragilité, Je frissonne et je cherche la main d’un enfant. Confrontés à l’invisible, De l’autre côté / Là où s’apaise la danse, ils reprennent un refrain lancinant : Il me faudra écrire. C’est bien ce que fait l’auteur. Quand les mots ne répondent pas, face au chaos et à sa démesure, on doit accepter de se passer de bouée, admettre l’après, accepter que éclate ce qui était.

Sur la photo qui referme le recueil, le père exprime une grande force vitale. Il possède la puissance d’un grand arbre mais… rien ne dure. Pourquoi ? Roselyne Sibille cherche si fort qu’on en vient, au fil du texte, à partir en quête à ses côtés, en toute fraternité. Le lecteur est impliqué et présent, dans Ombre monde. Il y est question de la condition humaine. Rares sont les poèmes où on se sent dans son élément. Pourtant, ici, c’est le cas. Pourquoi ? Parce que ce recueil pousse à comprendre ce qui lie les hommes, leur humanité. La force essentielle du lien traverse Ombre monde jusqu’au dernier mot lu, jusqu’à la photo finale où l’image remplace le texte et devient à son tour métaphore et poésie.

Enfin, ce beau recueil jamais ne larmoie. C’est un livre à lire et à relire, à emporter avec soi, à partager entre amis, poètes, à déclamer le soir ou sous un arbre, dans la solitude… Un recueil qu’on n’oublie pas. Les étoiles pétillaient / C’était une belle nuit pour mourir. Et : N’aie pas peur / Je me tiens avec toi… Car dans Ombre monde et dans la vie, ce qui nous lie profondément c’est le cœur. Rien n’est aussi fort.

http://www.terreaciel.net/Ombre-monde-de-Roselyne-Sibille#.VPYUtixR5qw


PRESENTATION d’Ombre monde par Priya Sarukai Chabria (dans la revue Poetry at Sangam – août 2014)

Roselyne Sibille is a poet of ruminations, glimmerings and music; her work demands the readers too become figures of thought that glide between the apparent and the unheard to arrive at a quiescence that continuously overflows into ‘the void and its edging of blood’. In the magnificent mirror poem On the other side of the shadow she writes ‘… Who sleeps on the other side of the gaze?/ Who sleeps where nothing/ has been written yet?’ Karthika Nair, poet of formidable rigour, audacity with forms and beauteous depth of thought, previously published here, translates these poems with keen intelligence and tenderness. In her Translator’s Note in Asymptote she writes, ‘These poems, to me, seem as fragile and oneiric as age-old calligraphy, the quest for the perfect curve: they reclaim words to reflect the tumbling and vaulting of the soul… Roselyne Sibille’s world blithely demands both precision and creativity from a translator. Transposing her metaphors and visuals… from one imaginary world to another is an adventure that is often very challenging, but also deeply satisfying when both she and I feel that we have found or built portholes between these worlds.’ We present six splendid new poems

http://poetry.sangamhouse.org/2014/08/august-2014/

La note, en anglais dans la revue Asymptote, de la traductrice Karthika Naïr

Cette note en français :
L’OMBRE-MONDE de Roselyne SIBILLE

Un monde d’évanescence et de métamorphose où la terre et l’eau sont composées de traits et de couleurs qui se dessinent, qui s’effacent et qui renaissent sous d’autres formes.

Un monde non pas ombreux mais plutôt un univers où l’ombre est tridimensionnelle, structurante, et surtout porteuse d’histoires. Des histoires que nous pourrons construire à volonté depuis les bribes d’images que reflètent ces poèmes.

Ces poèmes qui sont, à mes yeux, aussi fragiles et oniriques que la calligraphie ancienne, la recherche de la courbe parfaite ; ils s’emparent des mots pour refléter les voltiges de l’âme.

Joyeusement, cet univers exige d’un traducteur une grande précision, les images bien qu’en – ou est-ce justement puisqu’en ? – ombre, imposent une rigueur immense pour être portées le plus fidèlement possible d’un imaginaire vers l’autre.

Karthika Naïr
Traductrice en anglais du recueil « Ombre-monde »