Tournoiements

NOTE DE LECTURE sur Tournoiements par Sabine Huynh (parue dans la revue Terre à ciel – janvier 2013)

Deux ans après Versants, Roselyne Sibille publie Tournoiements (Lucie éditions, 2006).

Dans ce recueil, que la poète appelle « le livre du deuil apaisé », « le gouffre pour chaque pas » est encore présent et depuis que « les étoiles sont tombées / dans la nuit où je tâtonne // Mes semelles sentent le brouillard ». Dès le poème d’ouverture, une force furieuse, terrifiante et destructrice, emporte le lecteur, et ça flamboie, déchire, embrase, éventre, engloutit, déchiquète et rugit. La poète est mue par son acharnement à vaincre la mort.

Mais comme toujours dans les textes de Roselyne Sibille, la plus exquise délicatesse surgit intacte de la tempête, alors qu’on la croyait brisée à jamais, et sa force est aussi puissante que l’anéantissement-même, puisqu’elle naît de l’élan de vie. L’écriture puissante et poignante de Tournoiements m’a rappelé les mouvements lyriques de la cinquième symphonie de Beethoven. Après la bataille, les oiseaux sont revenus tournoyer « dans le ciel devenu lumière ». Les poèmes de ce recueil sont littéralement ramenés du désert, ce sont des « étoiles tombées entre les dunes », où la poète a cheminé seule, au fin fond de la nuit absolue et contre laquelle elle a lutté de toutes ses forces.

Extrait de Tournoiements :

La nuit sera absolue
Je la mordrai la déchiquetterai
J’attraperai à poignes la nappe inconcevable
la roulerai à plein bras
Je m’y ensevelirai je le sais mais
j’allongerai mon souffle dans l’épaisseur de nuit

et

je traverserai

http://terreaciel.free.fr/feuilles/lusunjoursabinehuynh.htm