Versants

NOTE DE LECTURE sur Versants par Sabine HUYNH parue dans Terre à ciel – janvier 2013)

Roselyne Sibille distille la douleur de perdre un être cher dans son recueil Versants (Lucie-éditions, 2004).

Versants ce sont des vers sans (comme La Disparition de Perec sont un livre sans E/eux), où l’écriture, d’une beauté déchirante, porte l’indicible qui broie les entrailles : les versants que l’on gravit avec elle, où l’on dérape avec elles, sont ceux de la mort d’un enfant ; l’abîme est vertigineux. Il y est question de peur, de hurlements, de sang, d’implorations, de rapaces, de haches, de nuit, de mugissements, de « sueurs de cave ». Malgré la violence de ce qui est dit, l’écriture reste délicate, le cri comme ciselé, alors qu’il est clair que ces mots arrachés d’une vie désertée tremblent d’évoquer ce qui étouffe : « Éparpillée encore / au jour d’après fracas / je me terre et j’écoute // Où respirer ? / Dans quel sourire du vent ? ». Le vertige de la folie est tapi sous chaque vers et sa menace se profile derrière plus de la moitié des poèmes du recueil. Dans la seconde moitié, pourtant, il semblerait que le cycle des saisons parvienne à briser l’envoûtement du vide. L’aube sur la mer est invitée à venir apporter sa lumière. La vie, souveraine dans la nature, offre le salut, et le souffle qui manquait. Versants, ce sont les deux versants de nos vies, l’ubac – «J’ai froid» – et l’adret – « et le soleil de ton sourire » –, où la douceur sauve.

Extrait de Versants :

La surprise de peur
telle un mur qui s’avance
martial
inéluctable et lent

Un cri fusant
Un hurlement
Un cri

Et puis la porte sur le vide
l’entrée dans la brume

l’entrée

dans le vide

http://terreaciel.free.fr/feuilles/lusunjoursabinehuynh.htm